Intervention au congrès du Parti Radical de Gauche (PRG)

Congrès du Parti Radical de Gauche Montpellier – 20 septembre 2015

Intervention de M. Thierry BRAILLARD

Mes chers amis,

 Au-delà de nos rencontres lors de mes déplacements, et de l’accueil chaleureux que vous me réservez toujours au sein de vos fédérations et de vos cercles, c’est un immense plaisir que de vous retrouver ici tous réunis

Je tiens d’abord à féliciter Jean-Michel Baylet, avec quelques minutes d’avance pour sa réélection à la tête du Parti radical de gauche.

 J’ai eu l’occasion de vous l’écrire durant l’été.

Il m’a semblé qu’en cette période cruciale, le rassemblement des Radicaux était un impératif et je n’ai pas souhaité participer à des joutes qui n’auraient eu pour conséquence que d’affaiblir notre parti.

Notre unité est un gage de force et l’expression de notre détermination à faire entendre notre voix, celle d’une gauche moderne, dans les débats actuels comme dans ceux à venir à l’occasion de la future campagne pour l’élection présidentielle de 2017.

*****

Notre pays traverse en effet une crise très profonde, une crise économique, sociale, morale et politique. Ce, au moment où l’Europe, la Construction Européenne que nous avons tant voulue, est en train de se désagréger sous nos yeux, ce alors que le monde connaît de grands bouleversements venant remettre en question toutes les représentations que nous pouvions, jusqu’il y a quelques années, en avoir.

 

On le sait notre dogme c’est l’anti dogme et nos valeurs, sont charnellement attachées à la République sauf qu’elles sont tous les jours malmenées et la situation ne va malheureusement  qu’en s’aggravant.

 

Les libertés publiques sont menacées par la surenchère de ceux là-même qui, au cours du précédant quinquennat, diminuaient les effectifs de police et ceux de l’institution judiciaire.

L’égalité républicaine est, elle aussi, mise à mal par un accroissement sans précédent des inégalités.

S’agissant de ce principe de justice, nous constatons que la mobilité sociale fondée sur le mérite ne joue pas pleinement.

Or toutes les machines à produire la mobilité sociale, en particulier l’école, l’entreprise, la formation continue, sont devenues des instruments de reproduction voire d’aggravation des inégalités sociales.

L’individu n’aperçoit plus ses chances de progresser dans la société.

Quand au progrès collectif, il a si longtemps été assimilé par le productivisme à la croissance quantitative que la crise économique semble mettre entre parenthèses l’idée même de progrès.

De même qu’il convient de s’attaquer à toutes les rentes, à toutes les situations protégées, aux monopoles de droit ou de fait qui empêchent l’économie de respirer et l’initiative individuelle de se déployer, dans le respect d’une saine concurrence encadrée par le droit et organisée par un Etat régulateur.

La crise de l’égalité se manifeste aussi par le choix, fait il y a de nombreuses années, d’un urbanisme concentrationnaire lequel a rejeté des pans entiers de notre population dans les marges d’une société où ils ne se reconnaissent plus.

D’aucuns ont estimé que les propos de notre Premier Ministre Manuel Valls, lequel a dénoncé à la fin du mois de janvier un véritable « apartheid territorial, social et ethnique », étaient excessifs.

Il ne s’agissait pourtant là que du triste constat d’une réalité que l’on a trop longtemps occultée.

Oui, il existe bien en France des ghettos et la relance volontariste d’une politique de la ville, destinée à briser ce phénomène, était une nécessité.

L’égalité est tout aussi mise à mal par l’abandon d’une grande partie des territoires ruraux, désertés par les services publics et la encore, des efforts sans précédent sont faits.

On ne saurait enfin passer sous silence l’un des plus graves échecs de notre pays, celui de l’inégalité de fait entre les hommes et les femmes. Et pas que dans la vie politique mais également dans l’encadrement de nos entreprises.

 

De son coté la fraternité républicaine, qui n’est que l’humanisme idéalisé, est tout aussi discutée.

Pourtant, elle signifie tolérance à la différence, ouverture à l’autre. Qu’en est-il dans la réalité vécue par nos concitoyens ?

Les médias nous proposent jusqu’à la saturation le spectacle caricatural d’un pays frileux, replié, peureux et volontiers porté à désigner des boucs émissaires porteurs de toutes les inquiétudes.

L’individualisme forcené se donne libre cours, alors même que le besoin de solidarité n’a jamais été aussi grand. Et surtout, le repli sur soi, l’égoïsme, la haine de l’autre sont devenus des marqueurs excités par ces leaders de droite qui sciemment, volontairement, coupablement, entretiennent la confusion entre  l’étranger ou le Français d’origine immigrée.

On s’éloigne, sur bien des sujets, de l’esprit des Lumières et des idéaux de la Révolution pour revenir au Moyen Âge.

Cette profonde régression se trouve alimentée par des pseudo intellectuels, des joyeux drilles comme les Zemmour, Menard et autres, dont le souhait, porté par des arguments totalement aberrants et rétrogrades, d’un retour à un passé magnifié trouve un écho inattendu.

Plus grave encore, cette régression est le fait d’une partie de la classe politique, le Front National évidemment mais également une frange non négligeable de ceux qui n’ont de Républicains que le nom, qui alimente à l’envi les peurs et les fantasmes par leur propos empreints de démagogie.

 

S’il fallait donner une illustration de ces dérives, la situation dramatique des migrants fuyant depuis des années la guerre et les massacres pour obtenir en Europe le statut de réfugiés, montre à quel point la droite dite républicaine se laisse aller à toutes les dérives.

Des maires qui ne souhaitent accueillir que des chrétiens, d’autres qui refusent, au mépris des conventions internationales humanitaires et de la tradition française de l’hospitalité face à de tels drames, d’accueillir ne serait-ce qu’un migrant.

On en saurait, enfin, passer sous silence la laïcité si chère aux Radicaux.

Toute la classe politique invoque désormais la laïcité mais elle ne recouvre pas, loin s’en faut, le même contenu selon qui invoque ce principe.

Il aura fallu les tragiques événements de janvier dernier pour que la laïcité, une authentique laïcité soit replacée au centre du débat public.

Et je suis fier que notre formation porte avec constance et cohérence cette valeur au sein d’un paysage politique qui, à gauche comme à droite, a trop souvent fait montre de fébrilité pour la défendre.

La laïcité républicaine n’est pas une idéologie anti-religieuse, une sorte de dogme dirigé contre la liberté de conscience. Elle est, tout au contraire, la garantie de cette liberté.

Crise des valeurs républicaines, malaise dans la République, mais également crise de la démocratie.

Nous avons réfléchi, il y a un an, à la réforme de nos institutions. Mais une telle réforme serait bien insuffisante et ne reviendrait à soigner le mal profond que par de l’homéopathie. Ce qui est en cause, ce sont les pratiques politiques et l’affaiblissement du poids de la parole publique et le spectacle qui en découle  parfois.

Il ne faut guère s’étonner que les citoyens soient lassés. Et j’ai retrouvé ce sentiment en lisant bon nombre de vos contributions. Cette crise de la démocratie est avant tout une crise de la représentation. Nous sommes passés, avec le consentement au moins tacite de nombreux acteurs publics, d’une démocratie représentative à une démocratie d’opinion et désormais de l’émotion.

Plus que les institutions, ce sont les partis politiques qui portent une lourde responsabilité dans ces dérives, du fait de leur incapacité maladive à proposer de véritables projets, à les faire connaître et les porter réellement, pas seulement lors des campagnes électorales au cours desquelles les affrontements personnels ont pris le pas sur la confrontation des idées.

Car, si les institutions représentatives sont décriées, la démocratie n’est pas pour autant moribonde.

Elle emprunte de nouvelles formes dont les citoyens, méfiants à l’égard de leurs représentants, sont les acteurs. La démocratie participative  s’est développée peu à peu comme un moyen d’associer les citoyens à la prise de décision pour pallier la panne de la représentation.

Il faut savoir les appréhender, en comprendre les ressorts  et en tenir compte pour revivifier notre démocratie. Crise de la démocratie, ou à tout le moins de la démocratie représentative, mais crise également de l’idée de Nation.

La gauche ne saurait abandonner la Nation aux nationalistes, tant il est patent que le culte de la Nation peut facilement dégénérer en chauvinisme, en xénophobie voire en bellicisme.

Il est vrai que la gauche entretien avec la Nation des relations complexes dues à l’histoire.

La gauche n’a pourtant pas à rougir devant la Nation.

Dans les épreuves les plus difficiles, celles des soldats de l’an II, de Ledru-Rollin, de Gambetta, de Clemenceau, de Jean Moulin, la gauche s’est toujours levée pour défendre la Nation en danger.

Et, alors que le communautarisme ne cesse de progresser, il ne faut pas craindre d’affirmer que la Nation reste pourvoyeuse d’identité. La Nation, c’est avant tout une volonté de vivre ensemble et de partager un destin commun. Il n’est pas inutile de le rappeler dans les temps troublés que nous vivons.

******

Ces défis sont nombreux et certains semblent des obstacles quasi insurmontables.

Pourtant, le gouvernement de Manuel Valls, auquel j’ai la fierté d’appartenir, avec Sylvia Pinel et Annick Girardin, a entrepris, sous l’autorité du Président de la République, de s’attaquer à ces maux.

Non pas aux seuls symptômes, comme cela a trop souvent été fait par le passé, mais en allant à la racine des choses.

Il serait trop long de recenser avec vous aujourd’hui toutes les réformes menées depuis 2012.

Aussi je m’en tiendrai à celles qui me paraissent essentielles.

Après les dix années de gestion de l’UMP et les cinq années de la présidence de Nicolas Sarkozy, l’endettement public a explosé, atteignant des niveaux sans précédent, les inégalités se sont accrues et la cohésion sociale s’est très fortement fissurée.

Nous ne l’avons pas assez dit et noté en mai 2012.

Un effort sans précédent et nécessaire a été réalisé en vue de réduire les déficits publics.

Une action déterminée a été menée pour rétablir les marges de manœuvre des entreprises, qui sont le poumon de notre économie.

Certes, les Français, dont le pouvoir d’achat a été affecté par la crise et qui participent à l’effort de redressement de notre économie et de nos comptes publics, attendent des résultats immédiats et tangibles, C’est bien normal.

Il reste que le CICE, les contrats aidés, le pacte de responsabilité et de solidarité, la reprise de la croissance auront un effet positif en faveur de l’emploi durable. J’en suis intimement convaincu.

Après des sacrifices demandés aux Français, notamment en matière fiscale tout en veillant à la justice sociale dans le choix des prélèvements, le temps est aujourd’hui venu des allègements d’impôts qui n’étaient possible qu’après le redressement des comptes publics.

Là encore, les orientations récemment proposées sont marquées par un souci de justice et d’équité, et l’annonce par le Président de la République qu’il n’y aurait pas, d’ici la fin du quinquennat, le moindre impôt ou taxe supplémentaire est une orientation que l’on ne saurait qu’approuver.

Un autre effort sans précédent a été mis en œuvre pour le recrutement de fonctionnaires dans des domaines où les besoins s’imposaient, sécurité, justice, éducation nationale.

L’école de la République figure également au nombre de ces priorités, avec les recrutements évoqués, mais aussi avec des réformes importantes comme celle des rythmes scolaires du primaire, ou celle du Collège où l’on voit se coaliser tous les conservatismes. Il y a bien d’autres illustrations de l’action déterminée du gouvernement de Manuel Valls, en matière politique de la ville, en faveur de l’égalité des territoires et au profit du monde rural, dans le domaine de la recherche et de l’enseignement supérieur, ou encore pour l’investissement public.

Et l’on ne saurait oublier que des réformes sociales et sociétales ont été réalisées, sur des thématiques auxquelles les Radicaux avaient contribué à donner une résonance nationale. Il s’agit de la fin de vie, à propos de laquelle nos parlementaires ont été particulièrement actifs et le demeurent. Et je pense bien entendu aussi, et surtout, au mariage pour tous et, plus généralement, aux mesures engagées afin d’assurer l’universalité et l’égalité des droits entre tous les Français.

Ces priorités, et toutes ces mesures, ont toujours été celles que préconisaient les Radicaux. Notre soutien à la politique menée est donc naturel.

De la même manière, nous ne pouvons que nous féliciter que, sous la présidence de François Hollande, la France ait retrouvé une place prépondérante dans le concert des nations. Elle est en pointe dans la lutte contre les fanatiques religieux et joue un rôle majeur dans la protection des populations civiles persécutées.

C’est l’honneur de la France de lutter contre la barbarie et l’intégrisme islamiste qui massacre des populations au Proche et Moyen-Orient.

*************

Vous me permettrez enfin, mes chers amis, d’achever mon propos par quelques réflexions sur la situation de la gauche française et son avenir.

 

L’éparpillement de la gauche, motivée si souvent par de veines ambitions personnelles, est porteur de graves dangers pour les prochaines échéances électorales.

Les écologistes, qui doivent leurs sièges au Parlement grâce à des accords électoraux passés avec le PS et le PRG, forment des listes autonomes aux élections régionales, alors que la situation politique imposerait un rassemblement afin de conjurer la menace que représente la forte poussée du Front National et la perspective pour ce parti de conquérir des régions.

On pourrait en dire de même des communistes, qui sont alliés du Parti socialiste et du PRG dans les exécutifs locaux, mais laisse libre cours aux aventures hasardeuses de M. Mélenchon.

Au vrai, une partie de la gauche française a toujours eu des difficultés avec l’exercice du pouvoir.

Et ses dirigeants ne cessent de se poser en donneurs de leçons, proposant des remèdes totalement irréalistes et qui conduiraient le pays dans l’impasse.

Les radicaux peuvent se targuer, pour leur part, de représenter une gauche réformiste, une gauche libérale attachée aux idéaux de la République, mais qui sait tenir compte du réel. Une gauche réaliste, disait Michel Crépeau en 1981.  Une gauche qui inspire et contribue à  l’action menée par François Hollande et Manuel Valls

 

Il ne fait pas de doute qu’il y aura une profonde recomposition de la gauche après l’élection présidentielle.

Mais il convient d’ici là de rassembler toutes les forces de progrès qui souhaitent participer au redressement de notre pays. Sous une forme nouvelle à définir, la gauche plurielle ayant vécu.

Nous avons ce week-end initié une première démarche en intégrant le Pôle Radical et Ecologiste à nos statuts et montrer le chemin de ce rassemblement nécessaire.

******

Vous le constatez, mes chers amis, la tâche est difficile, les défis sont immenses à relever, et le travail qui nous attend est délicat à mener, mais passionnant.

Car c’est le rôle des acteurs politiques et des partis que d’éclairer l’avenir et de rendre notre société plus juste et plus solidaire, tout en veillant à préserver les libertés de nos concitoyens.

Les Radicaux, forts de leur histoire, forts de leurs valeurs, ont beaucoup à apporter à la République.

Alors soyons, tous ensemble, debouts, fiers de nos couleurs, audacieux et ambitieux pour notre parti, pour la Gauche et pour la France.